Pudique et délicat, ce premier roman de Frédéric Baptiste est une ode à la puissance féminine.

En 1938, les femmes n’ont qu’une tâche : Obéir, être élégante au bras de leur époux, briller et se taire. Pour Claire, 26 ans, la vie bourgeoise et ses rôles par procuration s’endossent par habitude plus que par conviction. Le vase déborde lorsqu’une ancienne domestique lui apprend l’infidélité de son mari et la naissance de deux enfants, fruits de cette relation adultérine.

On pourrait imaginer la scène qui s’en suit à coup de vaisselles cassées, de pleurs, de cris, d’excuses et de supplications du mari pris au piège… le départ de la femme trahie, son enfant dans les bras… Il n’en est rien. C’est un mari très sûr de lui que Claire retrouve ce soir-là. Après quelques mots échangés pour apaiser sa colère, sans succès, il finit par la contraindre à une relation sexuelle, et clôture les ébats par un « au fait, tu me diras ce que tu veux pour Noël? Rejoins moins dans le salon, nous avons des invités. »

 

Cette scène, malheureusement coutumière dans les familles de l’époque, marquera pour Claire le début de son périple vers l’indépendance. La première décision qu’elle prendra, c’est de rejoindre Marthe et Edouard, un couple de campagnards dont la femme est connue pour « faire passer les enfants ». Car de cette soirée sordide est resté un souvenir inoubliable : celui d’un bébé à naître.

La grossesse est trop avancée, Marthe l’a vu dès son entrée dans la cuisine. La pratique des aiguilles pourrait faire perdre la vie à Claire. Cela, Marthe ne peut s’y résoudre. Au premier regard, une connexion aussi forte qu’imprévisible l’a liée à cette jeune femme pour toujours. Face au désarroi de la future mère, le couple propose d’héberger l’héberger jusqu’à l’accouchement, et d’adopter ensuite l’enfant.

Quoi de plus normal, dès lors, de voir les deux femmes se rapprocher, se réserver des attentions, et voir croître une complicité de plus en plus forte?

Au fil des mois, la jeune citadine découvre et apprend la vie loin de la frénésie des villes, de ces soirées mondaines. Elle prend un emploi de couturière. Au contact de Marthe, elle s’émancipe, fait face à de nouvelles émotions, se met à rêver à un futur ou elle ne serait plus « femme de » mais bien femme assumée.

 

Comment choisir lorsque la vie que l’on désire plus que tout nous arrache nos Amours les plus intenses?

 
Dans une France bouleversée par les prémices d’une seconde guerre à venir, il est inimaginable d’envisager le divorce aux torts d’un mari, quand il est demandé par sa femme. Quand bien même le mari est infidèle. Et puis, il y a Charlotte, sa première née, qu’elle aime plus que tout au monde. Elle l’a perdrait à coup sûr…

Si la ténacité, la force de Claire l’amènent à une forme de victoire, ce n’est pas sans une dernière défaite. Comme un clin d’œil, un ultime point de suspension qui lui interdit la victoire devant les autorités. Ta liberté, oui, mais non sans un retournement de rhétorique qui mettra l’opinion publique du côté de son mari, transformant en une forme d’héroïsme ce qui devrait être pénalisé.

 Il est des combats perdus d’avance, des secrets que l’on aimerait garder pour soi, et qui explosent au grand jour, ruinant toutes les promesses qu’on s’était faites. Et puis il y a la force du désespoir, celle qui fait renverser les montagnes qu’on pensait infranchissables. C’est de cela qu’il est question ici. D’espoir. De force. De courage. Et beaucoup d’Amour.

 

 

 

Merci Frédéric Baptiste pour cet hommage appuyé à deux femmes magnifiques et touchantes que furent Claire et Marthe. Par l’écriture de ce premier roman, vous les avez fait exister ensemble, selon leur véritable statut. Unique à elles deux.

Encrer sur le papier la légitimité, la réalité de ce rêve éveillé, c’est atténuer les blessures laissées par les ombres au tableau. C’est aussi dire et dénoncer. Ne pas taire les moments sombres, les difficultés de cette vie dans une société qui relègue la femme au second rang (« tu ne veux pas un compte chèque à ton nom tant qu’on y est ? », dira son frère) C’est également un message d’espoir pour toutes les femmes, un roman inspirant qui insuffle autant la force que la douceur.

 

 

Paru aux éditions Julliard en mai 2020, Amoureuses est le premier roman du scénariste et metteur en scène Frédéric Baptiste. Basé sur une histoire vraie, le roman relate l’histoire de Claire et Marthe, ses grand-mères.

 

 

 

 

 

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