Littérature

Comment tout a commencé – Philippe Joanny

Paris, rue d’Austerlitz, 1979. « Jean de la Lune » voit sa mère, patronne d’un hôtel bas de gamme, embarquée par la police pour proxénétisme. Il hait à mort sa chiffe molle de père, alcoolique et raciste. Le jeune garçon lui se questionne. Il a un secret. Il est homosexuel. A l’époque où la France découvre le « cancer gay », il en est sûr : si ses parents l’apprennent ils feront tout pour se débarrasser de lui… .

Philippe Joanny raconte avec simplicité et sans faux-semblant une période charnière de l’histoire, la mue poignante d’un adolescent de la France d’en bas…

Comment tout a commencé est une véritable fresque sociale et historique de ce que fut la France de Mitterrand, celle d’avant Bercy, de la rue d’Austerlitz avec ses cris d’enfants sur les pavés. Les soirs invariables où le potage est servi sous les discours de Le Pen jeune et du journal télévisé qui fait rêver l’hexagone en lui ventant les progrès spatiaux autant qu’elle le cogne à grand renfort de haine, de chômage et de la crainte du fléau homosexuel contre lequel on ne peut rien et qui emporte tout sur son passage !

Loin de nous noyer sous les détails historiques, Philippe Joanny retrace pourtant précisément le contexte que fut l’enfance de cet adolescent (lui-même?).
Seul face à son secret, il évolue dans l’inconnu mais certain de sa différence. C’est difficile quand on ne sait rien de ce qui se trame en soi, de se construire et de s’affirmer. Il mettra des mois sinon des années avant de se coller avec franchise l’étiquette homosexuelle. Entre peurs et rage de vivre, pulsions et réticences, on suit le cheminement des pensées de ce que des milliers de gens ont vécu au début des années 80. 

Sexualité, politique, vie quotidienne, racisme, économie, couple … tout est sinon limpide du moins éclairant au fil des pages de Comment tout a commencé. Les personnages de P. Joanny c’est Monsieur et Madame Toutlemonde. Son univers, un bon en arrière. Un saut dans un monde pas si lointain du nôtre et pourtant si différent.

Là où ce livre m’a le plus impressionné c’est sa capacité à me permettre d’être le spectateur d’une époque que je n’ai pas vécue mais que je partage comme si elle était mienne. « Vivre » la naissance de l’épidémie du côté français est aussi une nouveauté pour moi. Mes précédentes lectures sur le sujet étaient plutôt centrées sur les Etats-Unis et surtout ne concernaient pas l’adolescence. Les sentiments de crainte et de désarroi qui s’accroche à soi au fil de la progression du sida en France m’ont vraiment impressionnée. Si aujourd’hui nous sommes informés dès le plus jeune âge sur la maladie et son mode de transmission, c’était loin d’être le cas avant et la crainte face à l’inconnu mal est admirablement transcrite.

Un (premier) roman marquant que je recommande !

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