Pour qu’un spectacle prenne vie, il y a les lumières, les spots. Mais pour que cette lumière et ces paillettes scintillent, il faut suivre le fil, le câble, celui qui alimente, qui électrise, le vecteur…


Dans Jolis Jolis monstres, en suivant ce fil, on découvre tout le parcours de l’électricité, on foule les planches par les yeux de Lady Prudence, des coulisses à la scène. La magie des scènes Drag Queen. On est en 1980. Entre deux défilés, on y croise quelques figures de la vie nocturne : Madonna, Keith Haring, Ru Paul…

Etre Drag en 1980 c’est souvent renoncer à sa famille, au soutien de ses proches, de ses amis. Pour enfiler le costume, pour s’incarner, il y a au sein de la communauté des Mères… des maisons, âmes jumelles et compréhensives qui sont là pour recueillir et accueillir ces Queens en devenir. On découvre aussi ce qui règne tout autour :  racisme, peur, rejet, misère, le tristement célèbre sida et ses premières victimes.Heureusement, on y découvre aussi la force de la communauté Drag, la volonté de vivre son rêve au-delà de tout.

Par alternance des points de vue, le fil se déroule allant de Lady Prudence à Victor. Deux destins mais beaucoup de similitudes et surtout, une compréhension mutuelle. Un transfert.

Etre Drag en 2016 c’est différent. Les combats ont changé, et pourtant c’est pareil. Si la société montre avec fierté son ouverture lors d’éblouissantes parades, c’est toujours avec angoisse et un peu honteux qu’on froisse des doigts sa première robe.

Victor est perdu. Pour lui, James alias Lady Prudence acceptera de remonter sur les planches. Elle se découvrira Mère à son tour. Dans son périple, elle découvrira que ce qui faisait la gloire et le succès des soirées Drag il y a 30 ans est aujourd’hui en cendres. En effet, aujourd’hui c’est sur les écrans de télé que se construit la réputation des autoproclamés « monstres », et la production ne manque pas d’insister sur les leviers intimes pour faire pleurer la ménagère et faire gagner ainsi quelques points de popularités aux candidats.

Vous pensez que l’on remue des fesses pour faire les belles?
On déplace les structures, nous.
On combat.
En montrant nos différences, on étrangle les carcans normatifs de l’identité.

Julien Dufresne-Lamy nous ouvre les portes de ce monde qui m’était relativement inconnu et nous le présente avec un grand respect et une délicatesse qui transpire de ces mots. C’est une plume très immersive. L’auteur a su s’imprégner de la communauté et rend hommage tout en cartographiant l’époque.

Pour comprendre il faut connaître, et l’auteur se fait Mère littéraire pour nous apprendre les codes, les noms, les coutumes, poser les bases pour enfin mettre des sentiments sur un inconnu. Après les techniques, il nous apprend la vie, ses affres d’enfance, pierres angulaires tranchantes et communes à beaucoup de drags : jugement, mal-être, solitude, absence. Il se fait Fierté pour nous apprendre comment réaliser son rêve, le garder au creux du cœur et croire en soi. Surtout. Toujours. Il est Ouverture, par nos yeux, de nos esprits. Pour l’amour universel de la Vie et de chacun, qui transparaît si bien le long du fil de cette histoire.

J’ai poussé la porte de ce merveilleux cabaret, et j’en ai pris plein les yeux !  Quel spectacle !

3 pensées sur “Jolis, jolis monstres – Julien Dufresne-Lamy”

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