la dernière fois que j'ai cru mourir c'était il y a longtemps

Ceci n’est pas un roman, c’est une claque !

 

Réaliste, sans concession, Clémence Michallon nous offre, dans ce premier roman, des portraits humains forts, et complexes. 

 

Ce premier roman de Clémence Michallon, qui vit à New York et écrit aussi bien en français qu’en anglais, nous introduit dans l’univers de trois personnages en pleine mutation : Veronica la culturiste, qui vit au rythme des séances d’entraînement, des repas calibrés au gramme près, de la fonte des graisses et de la prise de muscles. Camélia la pâtissière très chic, mariée à une tradeuse de la bourse de New York et clouée au lit par une grossesse difficile. Nico, qui se partage entre la pâtisserie le jour et les scènes drag la nuit. C’est aussi un roman des corps tels qu’ils sont, devraient être ou seront, au gré des transformations qu’entraînent la puberté, les régimes, la grossesse, le sport intensif, l’art de la séduction.*

« Le parfum des tartines que je mangeais encore à quinze ans, quand ce corps auquel je n’avais jamais pensé est soudain devenu un phénomène, un objet de remarques, dis donc t’as grandi. Quand il est devenu clair que grandir, ce n’était pas seulement gagner des centimètres de hauteur. »

Cette jeune femme est le résultat d’une équation rigoureuse : contrôle de son corps, de son poids, de calculs et d’obligations. Dans la balance, son sport, le culturisme, qu’elle pratique jusqu’à l’overdose. Et puis Camelia, sa soeur, qui viendra bousculer ce quotidien si bien réglé…

« Etre libre, c’est obéir aux règles que l’on a choisies »

Si notre être est la somme de nos expériences, Veronica est le modèle. D’un traumatisme à un autre, elle choisit souvent la voie de la facilité, comme elle dit. Alors que dans son quotidien, c’est bien d’une force mentale colossale dont elle fait preuve.

Au fil des pages, j’ai été le témoin de son parcours, de ses errances, de sa détermination. De cette obligation d’aller droit dans le mur pour mieux renaître. Se laisser voir de l’Autre, se libérer de ses freins. 
Le travail est long, la patience de rigueur dans cette course folle où le lâcher prise salvateur demande au contraire un effort surhumain pour se laisser approcher.

« J’aurais du la sentir, cette présence près de moi, un ajustement presque imperceptible dans l’équilibre du monde ».

Si j’ai apprécié l’histoire, la descente puis la reconstruction de Veronica, c’est aussi parce que la toile de fond de ce roman est dense et riche en informations. C’est un roman fort, puissant. Une véritable spirale qui vous aspire puis vous libère avec l’espoir et le soulagement. 


Le monde du sport, que l’on sait exigeant, nous apparait ici avec ces dérives et les aspects moins positifs que l’exigence de l’élite fait payer au corps qui s’y plie. 


Et puis il y a l’argent, que Veronica gagne grâce à Instagram. A des programmes qu’elle confectionne et vend sur son site internet. Les sponsors qui la paie pour diffuser leurs produits lors d’entrainements inspirants pour ses milliers de followers. Ces mêmes réseaux sociaux nourriciers s’effaceront très vite alors que l’athlète commence à réellement s’ouvrir à ses abonnés. Cela me révolte et me glace mais cela me parle aussi. Sans vouloir cracher dans la soupe, je déplore le manque d’authenticité de ce réseau social parfois anti-social …

Parmi les personnages emblématiques de ce roman il y a aussi Nico. Cette belle âme, croisée par hasard et par nécessité, est le point de départ de la reconstruction. J’ai adoré sa personnalité.
Pâtissier le jour, Drag Queen la nuit, il est un amoureux universel. Les hommes, les femmes, il n’aime pas les cases, et malgré l’insistance de ses parents, préfère ne s’enfermer dans aucune.
Quelle jolie manière d’aborder la liberté d’aimer ! l’absence de jugement, la nécessité de se retrouver dans un genre ou dans un autre et de suivre les codes qui correspondent. De tout nommer. 

 

« Parfois les débuts aiment se déguiser en fin »


En refermant ce roman, je n’ai qu’un souhait à formuler : que la plume de Clémence Michallon soit inépuisable.
En tout cas, je serai au rendez-vous du prochain début ! 

Merci Elvire des éditions Ixe d’avoir mis en lumière un tel talent, et de me l’avoir fait découvrir.

Si vous avez envie d’en lire un peu plus, le premier chapitre est dispo en accès libre sur le site des éditions Ixe

Cliquer pour accéder à La-derniere-fois_chap.1.pdf

 

 

*Le résumé est issu du site de l’éditeur. 

 

 

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