Probablement l’une de mes dernières lectures de l’été, ce roman aux apparences lumineuses et dépaysantes est l’une de mes belles découvertes de 2020. Privée de vacances cette année, par choix éthique, j’ai fait le plein de lecture, ralenti mon rythme de vie et finalement cela fait un bien fou !

Retour sur une lecture aussi inspirante qu’éclairante

Gurnah … Alexandrie … Louxor… Le Caire…
Ces paysages désertiques, où la chaleur écrasante nous accable lors des voyages touristiques entre pyramides et fleuve sacré.

Pas de poudre aux yeux ici. De l’Egypte, Yolaine Destremau raconte l’excision, la pauvreté, le déclin et le manque de moyens publics. L’évidente corruption, la saleté croissante sous l’indifférence générale.

On y rencontre Mohamed et son échoppe qui ne tourne plus car les touristes préfèrent acheter des statuettes industrielles venant de Chine au supermarché local plutôt que ses Nefertiti d’albâtre.
Il y a aussi Mansour, qui subit le tourisme de masse et qui refuse de voir sa cité s’adapter à la vie touristique. Il évoque pour exemple le barrage du Nil, nuisant grandement aux cultures et à l’équilibre naturel de leur région.

Et puis Gaia l’indomptable, Luis, Seti … des âmes authentiques, fidèles à un héritage, à un amour ou à un savoir-faire.

Luis, Gaia et Mansour font du « tourisme authentique », des croisières à l’ancienne.
Leur affaire prospère jusqu’au jour funeste de l’attentat de la Mosquée Al Hussein.
S’en suit la Révolution de Papyrus, où le peuple se soulève pour renverser la dictature dans un élan désespéré vers une vie meilleure.

Ils ne savent pas que leur victoire leur réservera bien pire…

Ils étaient bien insignifiants, Mohamed et ses Nefertiti d’albâtre, Mansour et sa felouque, par rapport à la masse déferlante de touristes à moitié nus qui les envahissait un peu plus chaque année. Et grâce à quoi ils vivaient. Et d’insignifiants à invisibles, il n’y avait qu’un pas.

C’est un roman magnifique car il éclaire sur une problématique bien présente dans de nombreux pays. Celle des transformations et des problèmes découlant de l’hyper-tourisme. Nous sommes nombreux à entrer et sortir de ces cars bondés, pressés que nous sommes de remplir des cartes mémoires entières de merveilles antiques avant qu’elles ne disparaissent. Le regard de l’auteure ici se pose sur l’authentique, sur les natifs de ces terres transformées pour nous. Sur leur façon de vivre, ou plutôt de survivre à la misère croissante. Celle que l’on nous cache derrière les parois de palmiers dans les grandes chaînes hôtelières.

Je recommande !

Une pensée sur “La française du Nil -Yolaine Destremau”

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