« Au théâtre ce soir »

Dans un théâtre, soudain un homme surgit, l’air en fuite. Qui est à ses trousses ? Y a-t-il vraiment une menace ?

Quel exercice cathartique que de figer sur le papier un texte destiné aux planches d’un théâtre de Paris. Prouesse d’autant plus difficile qu’Edouard Baer n’écrit rien. Jamais. Il faut lui faire confiance. Chaque spectacle, chaque séance est un moment unique qui comporte sa part d’improvisation.

Pour celui dont le père disait « si t’étais Proust cela se saurait », ce livre, c’est une preuve de courage, une désobéissance, mais aussi un abandon et un hommage à tous ceux qui l’ont nourri, édifié.

Jean Rochefort, Malraux, Gary, Bukowski, de passages en réflexions, cette mise en abîme théâtrale est également jalonnée de nombreuses réflexions personnelles sur la vie, sur le métier d’acteur, le rapport au public, les peurs, la mort. La vraie vie quoi.

 

Résumé

 

Notre héros, Édouard Baer lui-même ou peut-être son double, est paniqué : il vient de s’échapper de la scène du théâtre où il devait jouer André Malraux. Mais comment jouer un héros d’une telle étoffe ? Comment oser ? Question vertigineuse qui plonge notre homme dans de douces élucubrations, mélancoliques et absurdes sur le métier de vivre.

Le voilà donc devant un public qui est venu pour tout autre chose. Commence alors un formidable monologue, ode au théâtre, à la littérature et au cinéma qui permet à Édouard Baer de convoquer ses grands hommes (Malraux bien sûr mais aussi Napoléon, Guignol et Jean Rochefort), ses auteurs fétiches (de Camus à Romain Gary en passant par Thomas Bernhard, Boris Vian et Brassens) ; et de faire vibrer ses obsessions (la tentation de la fuite, le temps qui passe, ses envies d’ailleurs).

Le portrait d’un homme hésitant, charmant et charmeur qui met à nu ses failles tout en partageant généreusement ses angoisses, un tchatcheur intello à l’humour subtil, qui voue un culte à la poésie et à la fragilité du monde.
Un autoportrait d’Édouard Baer ?

A le lire, je regrette et je peste de ne pouvoir le vivre en vrai. Il parle dans ma tête, j’entend les intonations et l’humour parfois cynique transpire de ces pages pourtant si lisses.

Avant de l’ouvrir, je craignais de ne pas y trouver mon compte, et que cela me gâche l’envie de voir la pièce en vrai.

J’ai été conquise à la préface.

J’ai annoté beaucoup, réfléchi, je me suis parfois retranchée en moi-même et j’ai apprécié ce talent de pouvoir mêler à la fois légèreté et humour, et mise à nu.

« On n’est pas Jésus parce qu’on joue le rôle de Jésus », il y a pourtant une incarnation de l’acteur au personnage. L’image qu’on veut bien montrer au public, et son ressenti face à la représentation qu’on s’en fait.

Dans ce texte, Edouard Baer nous propose à la façon du théâtre du Boulevard un moment suspendu, vous savez. Celui juste avant les trois coups ?

Entre l’homme et l’acteur, on ne sait saisir la frontière mouvante. Et c’est très bien ainsi.

Alors je sais qu’il faut attendre la fin du spectacle avant d’applaudir, mais dans ce cas-ci je m’y met à deux mains !

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