Un classique du roman noir, qui dans cette traduction révisée à la couverture attrayante garde révèle son intemporalité

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  1. Chicago.

William Riley Burnet vient de terminer l’écriture de son roman Little Caesar. Succès immédiat.
Son originalité, c’est qu’il s’agit du premier roman de gangsters qui se déroule du point de vue du gangster justement !

Il faut dire qu’en combines, Burnett en connait un rayon !
C’est en effet lors d’un de ses nombreux « petits boulots » dans un hôtel un peu miteux qu’il a pris l’habitude d’observer et d’apprendre les codes des truands si célèbres des Etats-Unis.

Par la suite, il écrira d’autres romans à succès, qui sont d’ailleurs régulièrement réédités chez Gallimard. De la plume à l’écran, il trouve vite bon nombre de similitudes et excellera dans le milieu cinématographique en tant que scénariste. On lui doit le célèbre Scarface, ou encore d’autres monuments tels que La grande évasion ou La peur au ventre.

Dans Little Caesar, nous entrons dans les coulisses du clan Vettori, un gang de la pègre italo-américaine qui doit son ascension et sa richesse à la contrebande d’alcool, trafic de drogues et autres tripots de jeux clandestins. Nous sommes à Little Italy. La famille, c’est sacré dans ce milieu, et quand il s’agit de protéger le clan, cela se passe souvent à coup de pistolets automatiques ! A l’aube des années 30, à Chicago, les bandes rivales se règlent leurs comptes de soir en soir, et les résultats d’enquêtes, souvent bâclées, se lisent dans les suppléments presse des kiosques environnants.

Ce roman, c’est comme un bon vieux film de gangsters. Vous savez, ceux ou Humphrey Bogart regarde son ennemi avec un chapeau redescendant légèrement sur le front, l’œil ténébreux, le cigare aux bord des lèvres et puis qu’il sort de son imperméable un pistolet d’un autre temps tout en raillant : « tu es fait comme un rat, Rico !  »

Je me suis laissé embarquer dans ce milieu, et ce qui m’a le plus surpris, c’est son intemporalité !
Datant des années 20, il aurait pu être écrit hier ! Le grand talent de Burnett reste indéniablement la maîtrise du dialogue. Incisif. Bref. Cinglant. Le parler des différents acteurs nous place en statut de témoins des différents tableaux, car oui il s’agit bien d’un découpage propice au scénario de cinéma. Le suspense va crescendo et sans qu’on s’en rende compte, l’étau se resserre pour les malfrats et notre lecture se fait plus pressante, plus angoissante dans le rythme et dans la scène.

Chez les gangsters, un clan est fait comme il est défait en quelques heures à peine. Un hold-up, une balle trop vite tirée, et c’est toute une équipe de police qui se jette à vos trousses !
Burnett place vraiment la lumière sur les truands, reléguant les policiers aux rôles de figurants. Nul besoin de détailler les bureaux, les caractéristiques de ces inspecteurs qui ne sont ici que des incapables et gênants bâtons dans les roues d’une machine trop bien huilée.

Cesare Bandello a plus d’un tour dans son sac quand il faut leur échapper mais … Parviendra-t-il à déjouer le piège qui semble se tendre devant lui ?

 

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